Ce que dit le Coran sur la grossesse, la vie et l'avortement
Pour les positions des écoles juridiques islamiques sur l’avortement, voir notre article complémentaire : L’avortement dans l’Islam.
Le Coran parle-t-il directement de l’avortement ?
Non. Le Coran ne contient aucun verset qui mentionne explicitement l’avortement au sens moderne du terme. Ce que les juristes musulmans ont construit au fil des siècles repose sur des interprétations (ijtihad) à partir de versets qui traitent de sujets adjacents : la valeur de la vie, le développement du fœtus, la miséricorde divine, et l’interdiction de tuer.
Comprendre ces versets dans leur contexte et la diversité de leurs interprétations, est essentiel pour toute femme musulmane qui cherche à éclairer sa réflexion sans se laisser enfermer dans une lecture unique.
Les versets sur le développement de la vie dans le ventre maternel
Le Coran décrit le processus de formation de l’être humain dans le ventre de sa mère en plusieurs étapes successives. Cela a fondé la réflexion islamique sur le statut du fœtus selon son stade de développement.
Le verset le plus cité par les juristes est celui qui décrit l’insufflation de l’âme (ruh) :
« Puis il l’a façonnée et lui a insufflé de Son esprit. » (Sourate 32, Verset 9)
Ce verset est au cœur du débat entre les écoles juridiques sur le moment à partir duquel le fœtus acquiert un statut pleinement humain, débat que les savants musulmans ont tranché différemment selon les époques et les écoles : 40 jours pour les uns, 120 jours pour les autres (voir notre article sur les positions des écoles juridiques ).
D’autres versets décrivent les étapes de la formation embryonnaire :
« L’humain pense-t-il qu’on le laissera à l’abandon ? N’était-il pas une goutte de sperme éjaculé ? Ensuite il était une adhérence. Puis Dieu a créé et façonné. » (Sourate 75, Versets 36-38)
« C’est lui qui vous forme dans les matrices, comme il souhaite. » (Sourate 3, Verset 6)
Ces versets établissent la progression de la vie, mais ne tranchent pas eux-mêmes sur la licéité ou l’illicéité de l’avortement à tel ou tel stade, c’est le travail de l’interprétation juridique, pas du texte coranique lui-même.
Les versets sur la valeur de la vie et l’interdiction de tuer
Deux versets sont fréquemment invoqués pour justifier une position restrictive sur l’avortement :
« Ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté. » (Sourate 17, Verset 31 et Sourate 6, Verset 151)
Repris deux fois, ce verset visait historiquement la pratique préislamique de l’enterrement des nouveau-nées par détresse financière ou sociale. Par analogie (qiyâs), les juristes classiques l’ont étendu à l’avortement, bien qu’il s’agisse d’une extension juridique et non d’une mention littérale de l’embryon.
« Quiconque tuerait une personne […] c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » (Sourate 5, Verset 32)
L’application de ce verset dépend entièrement de la question préalable : à partir de quel moment précis l’embryon est-il considéré comme une « personne » dotée de droits au sens du droit islamique ? C’est précisément sur ce point que les écoles divergent.
Les versets sur la miséricorde divine : une dimension souvent occultée
Une partie essentielle du message coranique sur ce sujet concerne la miséricorde d’Allah (rahma), et elle est trop souvent absente des discussions sur l’IVG dans un contexte islamique.
« Votre Seigneur s’est prescrit la miséricorde. Quiconque parmi vous a fait un méfait par ignorance et, après cela, est revenu et a fait une œuvre vertueuse, Allah est alors pardonneur et très miséricordieux. » (Sourate 6, Verset 54)
« Allah ne charge aucune âme au-delà de sa capacité. » (Sourate 2, Verset 286)
Ce dernier verset, l’un des plus cités du Coran, est fondamental pour les femmes qui se trouvent dans des situations de détresse réelle. De nombreux savants contemporains l’invoquent pour admettre des exceptions dans des circonstances graves, rejoignant les positions des écoles plus permissives sur les délais précoces.
L’islam est une religion qui reconnaît la complexité des situations humaines. La notion de darura (nécessité impérieuse) permet, dans la jurisprudence islamique, des exceptions à des règles généralement prohibées, y compris en matière d’avortement, selon les situations.
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Ce que les savants musulmans contemporains en disent
Plusieurs savants et institutions islamiques contemporains ont émis des positions nuancées :
- Le Conseil européen pour la recherche islamique et les fatwas (ECFR) : reconnaît la possibilité de recourir à l’avortement avant le seuil des 40 jours pour des motifs médicaux ou de détresse majeurs, en invoquant le principe de nécessité.
- L’Organisation islamique des sciences médicales (Koweït) : À la suite de colloques réunissant médecins et théologiens, elle admet des exceptions thérapeutiques et sociales spécifiques à des stades précoces du développement.
- L’école hanafite contemporaine : Certains décisionnaires étendent la notion de “raison valable” à des situations socio-économiques ou psychologiques critiques, tant que l’acte a lieu avant le seuil des 120 jours.
Ces positions ne font pas consensus, mais elles existent et représentent une partie légitime de la tradition islamique vivante.
FAQ : Vos questions
Le Coran interdit-il explicitement l’avortement ?
Non. Le Coran ne mentionne pas l’avortement de façon explicite. Les positions islamiques sur l’avortement sont construites par les juristes sur la base d’interprétations de versets portant sur la vie, la mort et la miséricorde.
À partir de quel moment le fœtus a-t-il une âme selon le Coran ?
Le Coran ne précise pas de date. C’est un hadith rapporté par Boukhari et Muslim qui mentionne 120 jours. Certaines écoles retiennent 40 jours. Cette divergence est au cœur des différences entre écoles juridiques islamiques sur la licéité de l’avortement selon le terme de la grossesse.
L’islam prévoit-il des exceptions à l’interdiction de l’avortement ?
Oui. Toutes les écoles admettent l’avortement pour sauver la vie de la mère. Les écoles hanafite et certains savants contemporains admettent des exceptions pour des raisons graves (viol, malformation, détresse sociale sérieuse) avant 40 ou 120 jours selon les positions. → Voir le détail des positions par école
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Pour aller plus loin
- L’avortement dans l’Islam : que dit la charia ? Positions des écoles juridiques
- IVG sous contrainte : quand les circonstances font le choix à votre place
- Souffrance post-IVG : comprendre et trouver un chemin vers l’apaisement
Sources
Le Coran : Traduction d’orientation académique du Pr Mohammad Hamidullah (Ligue islamique mondiale).
Aldeeb Abu-Sahlieh S. A. : Avortement en droit musulman et arabe, Centre de droit arabe et musulman, accessible sur Academia.edu : https ://www.academia.edu/123915388/Avortement_en_droit_musulman_et_arabe_Sami_Aldeeb
Organisation islamique des sciences médicales (IOMS) : Actes et résolutions sur le statut de l’embryon en charia islamique, Koweït, 1985.
Conseil européen pour la recherche islamique et les fatwas (ECFR) : Recueil des résolutions et avis de droit comparé : e-cfr.org
Cet article a été relu et validé par l’équipe d’IVG.net.
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