Conséquences psychologiques après une IVG : le « syndrôme post-ivg ».
En France, environ 1 femme sur 3 aura recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) au cours de sa vie reproductive (estimation INED/DREES 2024-25). Mais contrairement à ce que les discours officiels laissent entendre, cet acte n’est pas anodin. Certaines femmes rapportent des émotions complexes, une tristesse persistante ou des difficultés psychologiques après l’acte, parfois jusqu’à la dépression. Le terme « syndrome post-ivg » (ou « post-abortion syndrome ») est utilisé pour décrire ces expériences. Le traumatisme post-ivg existe, bien qu’il ne soit pas systématique et dépende de nombreux facteurs individuels. Evoquer les conséquences psychologiques de l’avortement est complexe pour nos sociétés, car en faire même l’étude conduit les lecteurs à penser que la démarche proposée revient à remettre en cause le « droit » à l’avortement. Or, objectivement, sans ouvrir un nouveau débat, il convient d’être lucide sur les conséquences de l’IVG et ne plus taire ce qui relève d’un problème de santé publique. Cet article fait le point sur les faits, sans jugement ni dramatisation.
1. Définition et réalité du traumatisme post-ivg.
Le traumatisme post-ivg, parfois appelé syndrome post-avortement, désigne un ensemble de symptômes psychologiques ou émotionnels pouvant survenir après une IVG. Ces symptômes incluent :
- Sentiment de culpabilité, de honte ou de regret.
- Tristesse, anxiété ou dépression.
- Troubles du sommeil, cauchemars ou pensées intrusives.
- Difficultés relationnelles ou sentiment de vide.
Toutes les femmes ayant vécu une IVG ne vivent pas un traumatisme, pour autant, un certain nombre d’entre elles sont confrontés à des difficultés plus ou moins grandes, sans que celles-ci soient reconnues officiellement. Le fait que certaines femmes vivent « bien » l’IVG ne doit pas occulter la réalité que vivent un certain nombre d’entre elles : pour une part importante des femmes, l’avortement est vécu comme un événement traumatique, entraînant une rupture dans l’équilibre émotionnel.
Symptômes/Émotions Fréquences estimée (études 2020-25)
Tristesse passagère 20-40 %
Culpabilité/regret 10-30 %
Anxiété/stress 5-20 %
Dépression clinique 5-15 %
Reviviscences/flashbacks 5 %
Témoignages :
- Ophélie décrit un « violent traumatisme post-avortement » survenu après une IVG à 27 ans. Elle témoigne du choc émotionnel qui est arrivé de manière différé et de sa grande difficutlé à gérer le contrecoup psychologique une fois l’acte passé. Ophélie explique que ces symptômes sont survenus de manière envahissante (flashbacks ou angoisses massives) alors qu’elle pensait avoir tourné la page. Lire le témoignage.
- Cécile évoque sa dépression et ses troubles psychiques suite à son IVG. Ce témoignage fort illustre la dimension de « sidération » et l’incapacité à retrouver un fonctionnement normal, caractéristique des états post-traumatiques où la personne se sent « bloquée » dans l’événement passé. Lire le témoignage.
2. Facteurs de risque :
Le risque de traumatisme dépend de plusieurs éléments :
- Contexte personnel : soutien social, pression extérieure (famille, partenaire), ou antécédents de troubles psychologiques (anxiété dépression).
- Circonstances de l’IVG : décision prise sous contrainte, IVG tardive ou complications médicales.
- Stigmate social : dans certaines cultures ou environnements, l’IVG peut être mal vue, ce qui peut amplifier les sentiments de culpabilité.
- Absence de soutien : un manque d’accompagnement psychologique avant ou après l’IVG peut accentuer les difficultés.
- Les risques sont plus élevés chez les adolescentes, plus vulnérables psychologiquement.
3. Autres risques identifiées :
- Instabilité du couple : l’IVG pourrait fragiliser la relation avec le partenaire présent au moment de l’acte. Témoignage de Christa sur son IVG qui a fragilisé son couple.
- Difficultés avec les enfants suivants : des troubles du lien maternel ou une anxiété excessive lors de grossesses ultérieures sont évoqués. Voir notre article sur les conséquences de l’IVG sur la fratrie.
4. Données scientifiques.
- Des études, comme celles publiées par l’ American Psychological Association (APA) ou dans d’autres revues , indiquent que l’IVG en elle-même n’est pas une cause systématique de troubles psychologiques graves. Cependant certaines femmes (environ 10 à 20% selon les études) rapportent des symptômes émotionnels persistants.
- Une étude française de l’INSERM (2016) a montré que les femmes ayant un faible soutien social ou des antécédents de troubles mentaux sont plus susceptibles de ressentir des effets psychologiques négatifs.
- Le concept de « syndrome post-avortement » est controversé, car il n’est pas reconnu comme un diagnostic officiel dans les DSM-5 (manuel diagnostique des troubles mentaux). Cela dit, les symptômes décrits sont bien réels pour beaucoup de femmes et doivent être pris au sérieux.
4. Prise en charge et accompagnement
Si vous ressentez de la tristesse, de la culpabilité, des regrets ou tout autre difficulté (même des années après), vous avez le droit d’être écoutée et accompagnée sans jugement.
- Écoute anonyme et gratuite : 0 800 202 205 – 7j/7 de 9h à 23h (ivg.net) : pour parler de vos émotions, explorer ce que vous ressentez, sans pression.
- Consultations psy : Psychologues libéraux, CMP (Centres Médico-Psychologiques), planning familial, filières IVG hospitalières.
- Thérapies adaptées : TCC (thérapie cognitivo-comportementale) pour l’anxiété, EMDR pour les reviviscences, thérapies brèves centrées sur le deuil.
- Groupes de parole : Associations neutres ou selon vos besoins comme l’association Agapa .
- Rituel personnel : Certaines femmes trouvent du réconfort dans un geste symbolique (lettre, bougie, plante) pour faire le deuil si elles en ressentent le besoin.
5. Conclusion
Pour certaines femmes, des émotions difficiles voire douloureuses peuvent émerger après une IVG. Vos ressentis sont légitimes et méritent d’être entendus. Si vous ou une personne proche traversez une telle situation, il est essentiel de chercher un soutien adapté, sans honte ni jugement. Parler à un professionnel ou à une association peut faire une grande différence.
Si vous traversez une période compliquée après une IVG (ou même longtemps après), parlez-en. Appelez-nous : 0 800 202 205 – anonyme, gratuit, sans jugement, 7j/7 de 9h à 23h.
Pour aller plus loin :
– Une synthèse réalisée par l’Institut Européen de Bioéthique qui s’appuie sur de nombreuses études .
– Abortion and mental health : quantitative synthesis and analysis of research published 1995–2009 . Priscilla Coleman, British Journal of Psychiatry, 2011.
– Abortion and mental health disorders , David Ferguson, 2008.
– Enjeux psychologiques de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) , René Ecochard et Benoît Bayle, Psychiatrie et psychologie périnatales, 2017. Même si l’IVG est un choix, elle peut déclencher un processus de deuil particulier ou une « crise d’identité » qui, s’ils ne sont pas accompagnés, peuvent mener à des symptômes de stress post-traumatique.