Clara : « Mon IVG médicamenteuse a échoué ! »
Une décision difficile dans un contexte précaire
Histoire d’une IVG « ratée ». je suis maman de 2 enfants de 5 et 2 ans. J’ai appris que j’étais enceinte d’un 3ème enfant alors que mon compagnon est incarcéré et étant sans emploi, j’ai choisi très difficilement de mettre fin à cette grossesse. Je me suis rendue dans le centre hospitalier de ma ville. j’étais à 5 semaines de grossesse (7 sem d’aménorrhée). Après un court entretien avec une sage femme, on m’a remis un comprimé que je devais prendre à mon domicile le jour prévu de l’IVG et l’on m’a donné une convocation pour 1/2 journée d’hospitalisation afin de surveiller le “bon déroulement” de l’IVG médicamenteuse que j’ai effectué à 8-9 semaines d’aménorrhée environ.
Je suis le protocole, mais l’expulsion met du temps à arriver
J’ai pris l’ensemble des comprimés que l’on m’a indiqué (cycotec et mifegyne), j’ai eu des contractions douloureuses ainsi que des pertes de sang mais en plutôt faible quantité, pas de caillots et pas d’expulsion. Très angoissée je me référais à l’infirmière qui devait s’occuper de ma surveillance et celle-ci m’indiquait que c’était le déroulement normal, que parfois “l’expulsion” pouvait prendre plus de temps, car on m’a donné un dosage qui tenait compte de ma césarienne et cela pouvait prendre jusqu’à 72h et se faire à mon retour à mon domicile. Ils me laissent donc repartir avec mes douleurs chez moi, et m’indiquent que je dois les contacter quand j’aurais “expulsé”…
72h de cauchemar
Je suis de retour chez moi avec mes pertes de sang que je surveille minutieusement en me disant que c’est mon lot de souffrance, que j’ai mérité que ça dure longtemps et que je devrais bien regarder mon fœtus tomber dans les toilettes…je vis 72h de cauchemar à observer mes pertes…mais rien qui ressemble à un fœtus…
72h passées, je contacte l’hôpital afin de leur dire que je n’avais rien perdu qui ressemblait à un fœtus et que je souhaitais que l’on m’avance ma visite de contrôle car j’étais très inquiète, on m’a avancé ma date de 2 jours seulement, autant dire que j’étais surprise de voir que ça ne semblait inquiéter personne, presque normal, j’étais donc persuader d’avoir un fœtus mort dans mon ventre et que je devais rester comme ça pendant une vingtaine de jours… là encore, c’était pour moi mon lot de souffrance. Après tout je l’avais bien mérité…
Le choc de la visite de contrôle : l’IVG médicamenteuse a échoué, je suis toujours enceinte
Je me rends donc à ma visite de contrôle, ayant effectué 48h avant, la prise de sang qui devait confirmer la baisse des hormones, déjà en observant le résultat je comprenais que quelque chose n’allait pas…
Je remets le papier à la sage femme qui semble très étonnée, elle procède rapidement à l’échographie de contrôle et là, stupéfaction…la sage femme me dit que ma grossesse est encore évolutive je suis à plus de 11 semaines !
Je tombe en larme, ayant déjà eu de grandes difficultés à prendre cette première décision, le contexte devenait pour moi complément différent et je ne pouvais me résoudre à envisager ce qu’elle me disait : il faut pratiquer un curetage pour poursuivre l’avortement !
Le doute s’installe pour moi, le corps médical met la pression
Sachant que le bébé s’était accroché…. je me montre retissante. Je demande à réfléchir. je veux savoir comment c’est possible, pourquoi ? Et quel est l’état du bébé ? La sage femme me dit que c’est très rare mais que ça peut arriver et qu’il ne faut surtout pas « y voir ici un signe » ou un « message de la vie ! »… que le délai est maintenant très avancé, qu’elle me recommande de programmer le curetage et que je pourrais toujours demander par la suite un entretien avec la psychologue de l’hôpital… Sans rien dire, je me retrouve très rapidement au secrétariat avec ma nouvelle convocation pour le curetage programmé la semaine suivante… je vis alors les 6 jours les plus angoissants de ma vie. Ce bébé est là toujours en moi, bien en vie.
Sans savoir quoi penser, je m’imagine le déroulement de l’opération, je recherche des informations sur internet…va-t-on m’aspirer mon bébé vivant ? Que va-t-on lui faire exactement ? Voilà maintenant près de 3 mois que je le porte…
Je prends ma décision juste avant le curetage
Le jour du curetage, j’ai pris mon courage à 2 mains et j’ai informé l’hôpital que je n’étais psychologiquement plus du tout prête à endurer ça et que je souhaitais rencontrer en urgence un médecin pour que l’on me dise si le bébé va bien et si je pouvais le garder ! Une autre sage femme m’a rencontré pour discuter avec moi une dizaine de minutes et me dire qu’il n’y avait, à sa connaissance, pas de contre indication à poursuivre la grossesse, mais, qu’elle ne pouvait pas m’assurer que je ne ferais pas une fausse couche tardive et qu’il pouvait y avoir eventuellement des risques de malformations, mais là encore, sans plus d’explications…
Je me heurte aux refus de plusieurs soignants !
Elle m’a ensuite gentiment renvoyé vers la secrétaire en gynécologie en me disant qu’il serait bien que l’on me programme l’échographie du 1er trimestre rapidement…
Me voilà auprès de la secrétaire, la même qui m’avait programmé le curetage, et là elle me dit “bon ! Vous avez changé d’avis ! Alors je suis désolé il n’y a aucune place pour une échographie avant 3 semaines … un peu gênée tout de même compte tenu de ma situation et de mon visage décomposé, elle tente d’appeler 2 sages femmes pour me caser un rdv . Mais en vain, personne ne peut (ou ne veut) me rencontrer… là elle me glisse le numéro d’une sage femme libérale et me demande de la contacter moi-même pour lui expliquer ma situation, et puis de la tenir au courant…
Je répart donc de l’hôpital complètement perdue, sans réponse, sans information plus précise, et sans rdv d’échographie pour voir si mon bébé va bien !
En larmes, dans ma voiture avec ma fille de 2 ans, j’appelle moi-même le numéro indiqué, en vain, pas de place avant 1 mois, j’appelle d’autres numéros en vain, puis une clinique et là une gentille secrétaire à qui j’explique ma situation me cale un rdv pour une échographie à la fin de la semaine, enfin…
J’attends donc patiemment ce rdv en me disant qu’enfin je vais savoir si mon bébé va bien, je m’y rends, et là, grosse déception, le radiologue qui me reçoit me passe littéralement un “savon” en m’expliquant que je ne pouvais lui « faire porter la responsabilité » d’une telle décision et qu’il ne souhaitait absolument pas faire mon suivi ni me dire si le bébé allait bien pour ne pas porter la responsabilité d’une grossesse à risque…
J’ai évidement pleuré toutes les larmes de mon corps, il a effectué l’échographie sans rien me dire de ce qu’il voyait, et m’a demandé de retourner à l’hôpital car c’était eux qui devait s’occuper de moi…et au mieux que je devais leur demander à être diriger vers un centre spécialisé car ça devait bien exister…
J’ai passé un moment épouvantable en regardant l’écran. Je voyais mon bébé sans pouvoir savoir s’il était ou non en bonne santé, j’ai entendu son cœur battre et fin ! La seule inquiétude du monsieur, c’était surtout que je ne lui fasse pas « porter le chapeau » pour cette grossesse si je voulais la continuer car, pour lui, il y avait quand même des risques : malformations des membres, malformations cardiaques, problèmes mentaux… Je récupère mon échographie, et ne sachant plus quoi faire je recherche activement sur un internet des forums pour tenter de trouver quelqu’un qui aurait pu vivre la même chose que moi, je ne pouvais pas être la seule à vouloir garder mon bébé…
Je trouve de l’aide auprès de l’association
J’ai appelé le centre de planification de ma ville. Rien ! on ne pouvait pas me répondre, on ne s’occupe pas de ce genre de cas… j’ai appelé d’autre organismes, toujours la même réponse…et enfin une voix chaleureuse me dit que « non, vous n’êtes pas la seule » et qu’elle peut m’aider…c’était le numéro vert sur cette page … Elle me donne le numéro d’un médecin spécialiste, le Dr P. à qui je peux enfin poser des questions et en plus gracieusement. (c’est un medecin de l’association…)
Quel soulagement ce fut pour moi après tant d’angoisses…et oui, je peux garder mon bébé et avoir toute les raisons de penser qu’il sera en bonne santé !
Merci à vous sur cette page et merci au Docteur P. qui a bien voulu répondre avec précision à mes questions… je retrouve l’espoir et peut envisager ma grossesse beaucoup moins angoissée et surtout en me sentant moins « coupable » de vouloir prendre le “risque” de garder mon bébé… merci de tout mon cœur ! Clara
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