J'avais 20ans quand j'ai été enceinte pour la première fois. J'étais étudiante et nous désirions un bébé. Nous étions prêts à l'accueillir, quand les résultats d'analyse ont décelé une toxoplasmose. Donc un risque de malformation. Tout est alors allé très vite, et nous nous sommes retrouvés dans un tourbillon, je dirai maintenant comme dans une chasse d'eau. Pas d'autre issue que l'avortement, ou plutôt l'IMG (on ne m'a pas dit pas "avortement") qui a été la seule "solution" proposée. Le gynéco nous a reçu rapidement pour nous expliquer toutes les malformations que pouvait causer cette maladie sur l'embryon, et pour nous rassurer "vous êtes jeunes, vous en aurez d'autres". Mon généraliste n'a pas souhaité donner son avis. Nous n'avions pas de relation facile ni profonde avec nos parents, et nous n'en avons donc pas parlé. Donc rendez-vous pris et puis, dans la salle d'opération, une cuvette. Mon regard est resté fixé là dessus, et j'ai réalisé à ce moment que mon bébé allait finir là. Je suis ressortie quelques heures après, épuisée et perturbée. J'ai raté mes examens cette année là. Par la suite, j'ai eu des cauchemars pendant 6 ans au moins, où je voyais cette cuvette pleine de sang. J'ai été enceinte l'année suivante, et bien qu'ayant mon bébé dans les bras, je continuais de faire des cauchemars.
J'ai eu beaucoup de mal à faire le deuil de ce premier enfant, car c'est un vrai deuil qu'il faut vivre.
Plusieurs années plus tard, j'ai rappelé la clinique pour connaître la date de cet "IMG", j'ai choisi de donner un prénom à ce bébé, dans mon coeur, et me rappeler de lui dans la paix. Je voulais dire que cet acte reste une blessure, un acte violent qui marque la personne, l'affectif, la mémoire... même très longtemps après (cela fait maintenant 23 ans ! ).
Catherine (22 mars 2010)